Déc 5, 2014

Je fais de la prestidigitation. Oh, pas de la grande illusion où je ferais disparaître un éléphant, plutôt ce que l’on appelle du close-up, de la magie de proximité en quelque sorte.

C’est un violon d’Ingres comme un autre, à ceci près qu’il est auréolé d’un parfum de secret et de mystère nécessaire pour que s’opère la magie… Alors comment s’initie-t-on à cet art ?

Pour apprendre et progresser, plusieurs voies sont possibles. L’apprentissage par un vieux maître aux mains noueuses – mais incroyablement habiles – et à la moustache interminable en est une (l’accent asiatique n’est pas indispensable), mais les vieux maîtres ne se trouvent pas à tous les coins de rue. Les commerçants spécialisés dans la vente de tours de magie, les marchands de trucs, en sont une autre.

Internet aidant, les marchands de truc et leurs catalogues sont désormais accessibles à tout un chacun, et là où autrefois l’accès à la boutique recluse au fond d’une impasse sombre (qui a dit à côté du sex shop ? Sortez) était réservée à un public trié sur le volet, les tours font maintenant l’objet de publicité pour déclencher en vous l’achat compulsif.

Si vous êtes curieux, quelques rapides recherches vous donneront accès à des descriptions flatteuses des effets obtenus, avec une insistance toute particulière sur la facilité de mise en œuvre :

  • « Ce tour est réalisable sans aucun entraînement »
  • « C’est l’ustensile fourni qui fait tout le travail »
  • « Effet bluffant garanti sans manipulation nécessaire »
  • « Aucun effort, le tour est réalisable dès l’ouverture de la boîte »
  • Etc.

Alors on tombe dans le panneau. On achète le truc. Et on est déçu. Oh, ce n’est pas de l’arnaque, le tour vendu est bien là, l’ustensile truqué fonctionne, on réussit bien à changer la couleur de la carte…

Mais on se rend vite compte qu’une accumulation de tour automatiques et de machineries truquées ne fait pas un spectacle. Que même si vous avez changé la couleur de la carte, vous n’avez pas embarqué les spectateurs, vous ne les avez pas fait rêver.

Bref, c’est raté, vous avez l’impression d’avoir perdu votre argent et votre temps, et vous rangez votre mallette de magie dans le grenier en jurant qu’on ne vous y reprendra plus.

Pourquoi diable vous raconter tout ça ?

Ça ne vous rappelle rien ?

Lorsque vous décidez de vous engager dans la voie de l’excellence opérationnelle, de l’amélioration continue, du lean (ou de toute autre démarche au nom fleuri visant à faire progresser votre entreprise), le catalogue du marchand de trucs dansera devant vos yeux.

Et vous entendrez l’appel lancinant de méthodes – aux noms acronymiques ou japonisants, et on peut combiner les deux – pleines de promesses (« démarche standard qui marche partout », « c’est la méthode qui fait tout », « ça fonctionne à tous les coups », « résultats bluffants par des chantiers éclairs en trois semaines », etc.).

Et on ne vous mentira pas. Le chantier Kaizen Blitz Hoshin MiruMiru fera bien progresser la productivité de la zone en trois semaines, et vous n’aurez pas eu l’impression que c’était si difficile que ça. Mais les équipes ne seront pas embarquées, la juxtaposition d’outils méthodologiques ne faisant pas une démarche de long terme. Et vous rangerez les promesses du lean dans l’armoire.

Lorsque vous assistez à un spectacle de magie, vous ne voyez que le résultat. Vous ne voyez pas les heures de travail, les innombrables difficultés surmontées, les échecs dans les spectacles précédents, les doutes, la ténacité de l’artiste.

Si vous vous engagez dans une démarche d’excellence opérationnelle, dites-vous bien que ce sera difficile, que ce sera exigeant, que les résultats peuvent ne pas venir tout de suite, qu’il y aura des échecs, des moments de doute, des envies de tout arrêter.

Mais le résultat en vaut la peine, que ce soit les applaudissements du public ou l’enthousiasme que vos équipes mettront à améliorer sans cesse.

Et, à toutes fins utiles, je signale au passage que nous disposons dans notre équipe d’un vieux sage aux mains noueuses – mais incroyablement habiles – et que pour la moustache on peut s’arranger.

Johann FOUBERT
Consultant